Sommes-nous prêts à nous incarner ?

 

Je leur ai donné ta parole ; et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde.  Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal.  Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde.  Sanctifie-les par ta vérité : ta parole est la vérité. Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les ai aussi envoyés dans le monde. (Jean 17 :14-18)

Je suis toujours étonné de la manière dont certains chrétiens utilisent les Ecritures pour leur faire dire le contraire de ce qu’en fait, elles affirment.

C’est ainsi que face aux mouvements sociaux qui agitent actuellement la France, j’entends dire « on n’a pas à faire de la politique ou bien on n’a pas à s’engager dans un mouvement social, etc. ».

Et la raison qui est invoquée est Jésus a dit que nous ne sommes pas de ce monde. Cette affirmation est censée être tirée de Jean 17.

Or, Jésus n’a pas dit cela, il explique à ses disciples que du fait qu’ils ont reçu la Parole de vérité par une révélation de l’Esprit de Dieu, cela provoque une séparation spirituelle (au niveau de la vision du monde et quant à notre vie qui doit être sanctifiée, à part).

Cette séparation spirituelle peut aller jusqu’à la haine, comme cela fut le cas pour Jésus, qui a été rejeté.

Or, dans sa prière dite sacerdotale (la prière du Grand Sacrificateur par excellence qu’est Jésus), il dit qu’ils ne sont plus de ce monde mais il prie Dieu de ne pas les ôter du monde (tout le contraire de ce que ces chrétiens disent) mais de les préserver du mal. Il conclut en disant comme tu m’as envoyé dans le monde, je les ai aussi envoyés dans le monde.

Le mot envoyé est la forme verbale apostello, qui a donné le mot apôtre. Notre apostolat est donc dans ce monde, le terme est fort.

Paul ajoutera que nous avons reçu le ministère de la réconciliation et faisons fonction d’ambassadeurs pour Christ. Jusqu’à présent, les ambassadeurs ont toujours eu les pieds dans le pays où ils sont nommés et non entre deux eaux.

Pour revenir à ce qui était le motif de la mauvaise utilisation du verset isolé, heureusement que les chrétiens comme Wilberforce et d’autres qui ont milité contre l’esclavagisme, les chrétiens qui ont créé des œuvres sociales tels William Booth avec l’Armée du Salut et d’autres encore qui, même aujourd’hui, sont engagés dans la société, n’ont pas mal interprété les paroles de Jésus car il y a des avancées qui n’auraient pas eu lieu dans nos sociétés.

Il est toujours plus facile de flotter entre deux éons et d’être complètement désincarnés que de faire comme Jésus, qui n’était pas de ce monde, mais est venu s’y incarner et se livrer en sacrifice pour les péchés du monde.

Il n’a ensuite eu de cesse que de se tenir parmi les plus faibles, il vivait avec les publicains et les pécheurs, n’ayant pas peur d’être contaminé car il était leur source d’espérance.

C’est pour cette même mission que le Seigneur nous a envoyés et cela peut prendre la forme d’un simple témoignage et accompagnement des gens, d’un engagement associatif, d’un militantisme un peu plus affirmé et même d’un engagement politique.

Je ne vois personnellement pas en quoi l’engagement politique d’un chrétien serait mal. Au contraire, on accuse les hommes politiques de tous les maux. S’il y avait des hommes intègres engagés localement et nationalement en politique, cela pourrait marquer une différence.

Je connais personnellement un professeur de Sciences politiques et son élève en Espagne, tous deux sont chrétiens, et qui sont engagés dans le mouvement politique Ciudadanos.

Entre regarder les trains passer et être actif au service de ce monde, il y a un choix décisif à faire et qui ne peut qu’être concret. Même quelqu’un qui est appelé à l’intercession fait quelque chose de concret, il consacre des heures à la prière en faveur des besoins que le Seigneur lui montre dans ce monde.

Cependant, prier et vivre dans les hautes stratosphères en étant indifférent à ce qui se passe autour de nous sont deux choses différentes.

Dans l’évangile de Mathieu, Jésus parle du Royaume de Dieu et ce royaume, il entend le bâtir aussi sur terre :

 » Vous êtes le sel de la terre. Si ce sel perd sa saveur, avec quoi la salera-t-on ? Ce sel ne vaut plus rien : il n’est bon qu’à être jeté dehors et piétiné.  Vous êtes la lumière du monde. Une ville au sommet d’une colline n’échappe pas aux regards.  Il en est de même d’une lampe : si on l’allume, ce n’est pas pour la mettre sous une mesure à grains : au contraire, on la fixe sur un pied de lampe pour qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison.  C’est ainsi que votre lumière doit briller devant tous les hommes, pour qu’ils voient le bien que vous faites et qu’ils en attribuent la gloire à votre Père céleste. » (Mathieu 5 :13-16).

Nous sommes appelés à bâtir une ville au sommet de la colline, c’est-à-dire plus excellente : une ville dans la ville mais avec les valeurs du Royaume.

N’oublions jamais la conclusion du Notre Père : « que ton règne vienne, que ta volonté soit faite, et tout cela, sur la terre comme au ciel. » (Mathieu 6 :10).

En tant qu’ambassadeurs et envoyés dans ce monde, nous devons propager et influencer au travers des valeurs du Royaume de Dieu. Ces valeurs, tu les communiques à l’endroit où tu es : foyer, travail, loisirs, monde associatif, monde politique, engagements divers…